Poétique du flux

Québec et Namur partagent de nombreuses similitudes, notamment le fait d’être
membres du Réseau des villes créatives de l’UNESCO, Québec étant reconnue dans le
domaine de la littérature et Namur dans celui des arts numériques.

Pour célébrer leur jumelage, la Ville de Namur a offert à la Ville de Québec une œuvre d’art intitulée « Fleuves », comportant un volet numérique.

Une initiative en Littérature est venue compléter ladite démarche. Deux autrices, Vanessa Bell et Perrine Estienne, ayant participé à une résidence croisée entre la Maison de la Littérature à Québec et la Maison de la Poésie à Namur ont coécrit le poème « amoures ».

Le poème

« Amoures »

Perrine Estienne

Deux serviettes de la même couleur sont pendues côte à côte.
Elles disent : « Je sens en toi la même chose qu’en moi ».
Se bercer deux mots,
et traverser l’océan.

Juste de l’air et de l’eau qui relient les deux voies,
il y a celle du soir et celle du matin.
On traîne au lit, ce n’est pas arrivé depuis des mois,
belle et souveraine.

Tu es bien chez moi ?
Je suis très contente,
beau cœur… , le répéter, beau cœur, beau cœur, beau cœur.

A l’intersection, se mouiller, au Y ne pas te retrouver, revenir plus tard.

J’ai toujours huit ans, toi aussi, quelques modifications au montage, à peine, une séquence regard caméra, une journée qui frappe à la porte.

Beau cœur. Se poser des questions auxquelles on a déjà répondu trois fois au moins.

Et sinon, comment tu vas ?  Beau cœur, se poser des questions auxquelles on a déjà répondu trois fois, et sinon, comment tu vas?

Être, essouffler, dire des choses à un moment donné, et se projeter au confluent

C’est bon pour toi ? Je le crois, oui.

Au fond, dans le moussage de la patente, arrivée en écho,
beau cœur, beau cœur, beau cœur,

Vanessa Bell

Je demande comment ça s’appelle, tu dis, Meuse

Depuis la fenêtre immense, j’affirme que ce n’est pas ça, murmure, le fleuve, se traverse par le cœur pendant des jours.

Quand ta main glisse dans la mienne, nous sommes vastes et débordantes, ceci n’a rien des glaces qui forment des ponts, ceci n’a rien du lieu où les gens s’embrassent, car nous sommes une masse stellaire que nul ne peut égaler.

Depuis ta ville fortifiée, je cherche les bêtes, ne vois que des tissus qui battent, la mesures, deux tissus de la même couleur pendus côte à côte.

Que caches-tu dans les plis du vent où s’agitent les eaux larges aux courants inverses ? Chez moi, il n’y a qu’un seul lit pour toutes les amours, et tu lis, et il n’existe plus que ta voix, ta voix de montagne, tu parles et la terre tremble dans mon ventre. Tu parles dans le grondement d’une roche et j’entends ton poème.

Tel amour, tel amour, tel amour.

Si je ferme les yeux, il ne reste que le lit, navire de partant sous nos doigts s’entrelacent, dessinent sur les murs le contour de mon rire, ton visage, le matin, défait, en jet noir.

Tes mains avancent vers une phrase. J’entends, tu es chez toi, en moi.

Les autrices

Perrine Estienne

Elle est autrice et performeuse. Diplômée en langues et lettres françaises et romanes à L’UCLouvain (Belgique) puis agrégée de l’enseignement secondaire supérieur à l’Université libre de Bruxelles, elle écrit des formes poétiques singulières alliant graphisme, vidéo, performance ou encore création sonore.

Après une résidence intitulée « Écrire pour le numérique » (2017), elle a été publiée dans le cadre du concours de la Maison de la Francité (2018) puis sélectionnée par la Maison de la littérature de Québec et la Maison de la poésie de Namur pour une double résidence avec cinq jeunes poète.esse.s (2019).

Vanessa Bell

Elle est codirectrice de l’organisme Contours, animatrice de rencontres littéraires, critique et chroniqueuse culturelle à la radio de Radio-Canada. Sa pratique en arts littéraires lui a permis de performer au Québec, en Europe et en Scandinavie.

Elle est l’autrice des recueils De rivières (2019, La Peuplade) et Monuments (2022, Noroît). Elle a remporté le prix Félix-Antoine-Savard (2021, FIPTR) et est, sous le mentorat de Nicole Brossard, une des cinq auteurices canadiennes à être soutenue par le programme Rising Stars (2022, Writers’ Trust of Canada).

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Gaëtan Libertiaux et Gaël Bertrand Fleuves 2023

Cette sculpture présente la rencontre du fleuve Saint-Laurent (Québec) et de la Meuse (Namur). Façonnée de manière à former un « Y » aux allures majestueuses, l’œuvre présente, à l’avant et à l’arrière, les tracés originaux des cours d’eau liés par des strates intermédiaires.

Un ruissellement lumineux anime l’œuvre. Cet écoulement coloré traduit en lumière la vitesse des courants fluviaux. Transposés en une boucle de trois minutes, les débits d’écoulement de chaque fleuve sont calculés en fonction de données réelles s’échelonnant sur 3 années.

L’œuvre a été offerte par la Ville de Namur à la Ville de Québec dans le cadre du jumelage qui les unit depuis 1999.